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CREATRICES ET CREATEURS D'ENTREPRISES A L'ETRANGER

502 - Talents demandés en Chine...

11 Juin 2007, 23:19pm

Publié par gerardja

Vous avez des compétences arts graphiques, créativité et promotion de films d'animation ? La Chine en recherche !

Pour faire face à de forts développements en cours, la Chine recherche des talents très particuliers. Je reproduis ci-dessous un article de monsieur Lü Ling paru sur le site de "Beijing Information".
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Le monde vu du dos de l’âne

Le personnage du dessin animé Afanti, humoristique ouïgour et sage errant avec un âne, reste à jamais gravé dans la mémoire d’innombrables Chinois depuis leur enfance. Ce héros légendaire, qui défend les pauvres contre les méchants riches, représente la principale caractéristique du film d’animation en 13 épisodes dans les années 1980. Qu Jianfang, concepteur du dessin animé et président de la Compagnie d’animation internationale Afanti, est « le père d’Afanti ». Il est également le premier à avoir porté les dessins animés chinois sur le marché international, et exploré le marché des produits dérivés en Chine.

À la fin d’avril, au cours du troisième Festival international du dessin animé et du cartoon (CICAF) tenu à Hangzhou, capitale de la province du Zhejiang, Qu Jiangfang a accordé une interview exclusive à Beijing Information, pour partager ses points de vues sur le développement de l’industrie d’animation de la Chine et son expérience d’introduction des œuvres culturelles sur le marché occidental.

Création de l’image

Beijing Information : Afanti est un sage très connu dans le monde musulman. Comment avez-vous créé son image à partir d’innombrables légendes populaires ?

 

Afanti, héros populaire dans l'imaginaire des Chinois.

Qu Jianfang : Je me suis beaucoup documenté. En Turquie, au Kirghizistan, Afanti est un vieux avec une longue barbe, alors que dans la Région autonome Ouïgoure du Xinjiang, il est un homme entre deux âges à barbe courte. Au départ, j’ai essayé de mettre ensemble les figures des différents régions et pays pour trouver une nouvelle image, mais cette méthode n’a pas abouti. Mais à la vue des statuettes funéraires exhumées dans le Xinjiang, dont certaines qui ont quatre membres ronds, j’ai reçu une illumination, décidant de doter ce personnage de deux bras minces en haut et gros en bas, pour le rendre humoristique. Vu qu’il est un homme plein de sagesse, je lui ai donné un large front qui symbolise son intelligence. Avec une barbe de chèvre, de petits yeux brillants et un nez retroussé, un Afanti plein d’humour et de justice est apparu dans le monde d’animation.

À la suite d’Afanti, tourné il y a une dizaine d’années, vous avez réalisé Little Afanti, en préparant la production d’une nouvelle série de ce personnage. Allez-vous employer de nouvelles méthodes et techniques ?

Pour faire la nouvelle série, je vais recourir à la technique des trois dimensions, qui permettra au réalisateur d’avoir plus de liberté narrative, de créer un espace plus large et d’exagérer les gestes de la marionnette. Le changement de lieu et la présentation de grandes scènes peuvent également être réalisés à l’aide de nouvelles techniques.

Un pas franchi vers le monde

Les œuvres que vous avez réalisées telles qu’Afanti, Chat, la Petite souris de la grande steppe, etc., ont été maintes fois lauréates de Festivals internationaux, et Afanti a été nominé pour un Oscar. Comment avez-vous réussi à pousser les films d’animation chinois vers le monde et à vous inspirer des concepts avancés des œuvres étrangères ?

Début 1989, j’ai fondé la Compagnie internationale Afanti (Afanti international animation Co.,LTD) suite à ma démission du Studio des films d’animation de Shanghai. Mon orientation d’alors était de faire des créations originales, au lieu de traiter les produits étrangers. Première société à entrer sur le marché d’animation international, ma compagnie a négocié avec des producteurs étrangers pour travailler en collaboration, sans pour autant atteindre l’objectif prévu, par manque de financements.

 

Qu Jianfang, le père d'Afanti. Photo: Lü Ling

Une fois, un investisseur français a envisagé de tourner un film d’animation de type croquis en 26 épisode, dont le titre est Chat. Il a voulu trouver un réalisateur. L’un de mes amis lui a proposé de confier le travail à un artiste chinois. Le Français n’était pas d’accord, car selon lui, les Chinois étaient qualifiés pour le dessin animé de type lavis, mais pas pour celui de croquis. Mon ami lui a donc recommandé le réalisateur d’Afanti, bien sûr c’était moi. La prononciation de ce mot ouïgour faisait penser à l’investisseur français à un réalisateur italien. C’est ainsi que j’ai signé le contrat et réalisé le film, largement applaudi après sa diffusion, en remportant le prix de la meilleure création lors d’un festival international de films d’animation tenu en France en 1990.

Le succès de mon œuvre a déterminé l’investisseur français à rencontrer le « réalisateur italien ». Quand je me suis trouvé à ses côtés à Paris, lui, ignorant de mon identité, demandait à son entourage : « Afanti n’est pas venu ? ». Une fois le secret dévoilé, il était très ému et s’est décidé à me confier un autre film. C’est ainsi que je fais connaître Afanti à plus d’étrangers, en promouvant les œuvres d’animation chinoise dans le monde, sous forme de coopération.

Ensuite, j’ai fait un voyage d’études aux États-Unis, travaillant sur le téléfilm La Petite souris de la grande steppe avec une compagnie américaine. J’ai commencé à avoir une certaine connaissance sur les différentes étapes de la production et de la vente et le pronostic des recettes. J’étais le premier à introduire en Chine le concept de produit dérivé. Tous mes acquis aux États-Unis constituèrent une expérience précieuse pour l’industrie d’animation chinoise d’alors.

Les dessins animés chinois véhiculent le contexte culturel traditionnel, qui est difficile à comprendre pour les Occidentaux. Comment avez-vous surmonté cette difficulté en rendant vos propres cartoons familiers à l’audience étrangère ?

C’est le plus grand problème qu’aient rencontré les produits d’animation chinois lors de leur entrée sur le marché international. Beaucoup d’éléments culturels chinois, s’ils n’étaient pas plus ou moins adaptés, n’auraient pas pu être compris par les étrangers. Par exemple, à la vue du maquillage facial de l’Opéra de Beijing, extrêmement stylisé dans les couleurs et les modèles utilisés, les spectateurs étrangers qui n’ont aucune connaissance de base sur la culture chinoise, ont certainement du mal à saisir le sens implicite.

 

La petite souris de la grande steppe, une co-production sino-américaine.

De mon point de vue, les œuvres d’animation chinoises doivent maintenir leurs propres caractéristiques, autrement dit, il faut impressionner les spectateurs étrangers avec le modèle chinois. Mais les méthodes de présentation et de production doivent être internationalisées.

Je vous donne un exemple. Le dessin animé Une petite carpe sautant par-dessus la porte de dragon est une adaptation d’un conte chinois. Mais en raison des différences culturelles, le nom originel semble n’avoir aucune signification pour les étrangers. Finalement, le titre du film a été traduit : Les aventures d’un poisson, plus accessible aux spectateurs occidentaux.

En second lieu, il faut trouver certains sujets communs qui parlent à la fois aux audiences chinoise et étrangère. Pour ce faire, dans ma nouvelle série d’animation Little Afanti, j’ai ajouté des intrigues sur le sujet de l’anti-terrorisme, de la bourse et de la lutte contre la contrefaçon, dans l’espoir de produire un écho chez tous les spectateurs.

Est-ce que l’Occident et la Chine se différencient par leur manière de présenter ?

Beaucoup de produits chinois de style traditionnel ne sont que prêchi-prêcha. À mon avis, les dessins animés n’ont pas forcément besoin de faire la morale, dès l’instant qu’ils ne sont pas nocifs aux enfants. Les produits étrangers, qui mettent l’accent sur la nature humaine, cherchent à créer une atmosphère agréable et à faire rire. Bien que dans les films étrangers, il y ait aussi beaucoup de choses qui incitent à penser, elles sont exprimées d’une manière artistique, mais ni moralisatrice ni ennuyeuse.

De plus, dans les dessins animés impliquant des animaux, comme Le Roi Lion, les animaux ont des caractéristiques humaines, mais continuent à vivre de leur manière naturelle. En Chine, la manière la plus utilisée est de « changer l’animal en homme », de l’habiller, de lui faire tenir une arme dans la main.

Parcours des films d’animation chinois

Pendant une certaine période, certains films d’animation chinois comme Le Roi des Singes bouleversant le Palais du Ciel ont joui d’une grande réputation internationale. Mais par la suite, l’industrie chinoise du dessin animé a connu une récession. Quelle en est la raison principale ?

Dans le passé, la plupart des travaux d’animation en Chine étaient des courts métrages que l’on projetait avant de passer le film officiel, et des longs métrages n’étant tournés que toutes les quelques années. Mais au fur et à mesure que l’industrie cinématographique se marchéise, montrer le court-métrage d’animation avant le film n’est plus monnaie courante, ce qui a rétréci considérablement l’espace vital du dessin animé traditionnel. À cela s’ajoute le manque d’expérience de la production des téléfilms d’animation. Du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, la Chine ne se contentait que de signer des contrats de production avec les compagnies étrangères, important pas mal de films d’animation, alors que les créations chinoises originales restaient fondamentalement l’exception.

Selon vous, quelle est l’imperfection principale de la production d’animation chinoise ? D’ordre technique ou créatif? De quel genre de cerveau la Chine a-t-elle besoin pour développer son industrie d’animation ?

Grâce au développement rapide de la production contractuelle à partir des années 1980 au milieu des années 1990, la Chine est devenue l’un des principaux producteurs d’animation dans le monde. Maintenant, beaucoup de films d’animation ou téléfilms étrangers, y compris des produits de Walt Disney de catégorie A, sont fabriqués et traités en Chine. À mon avis, le retard de la Chine par rapport aux principaux producteurs de dessin animé est principalement d’ordre créatif ; en revanche, dans le domaine de la technologie de production, la Chine est déjà parvenue au niveau international.

Actuellement, les talents pleins de créativité et d’expérience de promotion sont très demandés sur le marché chinois. Avec le développement de l’industrie, ceux qui ont des idées créatives et connaissent bien les processus de création, de production et de vente s’avèrent de plus en plus rares.

À l’étranger, les dessins animés ne se contentent pas d’attirer seulement les enfants, mais aussi les adultes. En revanche, ce genre d’œuvres est très rare en Chine. Qu’en pensez-vous ?

Les produits qui plaisent à la fois aux enfants et aux adultes sont vraiment très rares dans notre pays. Cela n’est pas étranger au positionnement que se fixe l’industrie d’animation chinoise. Chez nous, la plupart des gens considèrent le dessin animé comme quelque chose à l’usage de l’enfant. Mais à l’étranger, pas mal de films d’animation peuvent non seulement faire rire grâce à une présentation artistique exagérée, mais aussi donner lieu à de sérieuses réflexions. Par contre, ce que les artistes chinois explorent est relativement superficiel. Pour moi, le film d’animation se doit d’être accessible à toutes les tranches d’âges.

 

(Texte traduit en français par Yang Jiaqing)

Bien à vous et à demain.

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