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CREATRICES ET CREATEURS D'ENTREPRISES A L'ETRANGER

418 - Sécurité : avant la crise

9 Mars 2007, 23:19pm

Publié par GERARD

Premier de trois articles portant sur la sécurité des personnes

Pour éviter tout malentendu, il faut rappeler que des questions de sécurité ne se posent heureusement pas partout, pas tout le temps et pas toujours dans les mêmes termes. Il est donc évident que ce thème n’intéresse en permanence pas toute la communauté française expatriée, mais seulement, pour tout ou partie, quelques-uns de nos compatriotes ici et là de par le monde.
 
Il faut dire aussi que notre sécurité est susceptible d’être inquiétée pour d’autres raisons que celles liées à des crises intérieures ou extérieures. Elle peut l’être tout autant pour des raisons purement climatiques, géologiques, sismiques, criminelles, etc.
 
Dans la plupart de ces cas, nombre de règles élémentaires de sécurité sont communes. D’où, peut-être, un intérêt plus large que de prime abord, de parcourir et de commenter éventuellement à plusieurs les trois articles que je vais publier sur le sujet.
 
Attention ! De tels événements n’arrivent pas qu’aux autres. C’est pourquoi notre ministère des Affaires étrangères s’attache à obtenir la mise en place dans chacune de ses représentations à l’étranger, ambassades et/ou consulats, de véritables « Plans de sécurité ». C’est pourquoi également il faut continuer à se battre pour que ces plans soient régulièrement actualisés et pour que, dans leurs grandes lignes, ils soient connus de la communauté française et « placés sous la surveillance » de Comités consulaires de sécurité.
 
Le présent article sur l’Avant-crise traitera des dispositions à prendre par nos représentations et par tout compatriote à l’étranger, en temps normal, hors crise, pour, le moment éventuel venu, vivre dans les conditions les moins mauvaises possibles la mise en œuvre d’un de ces « Plans de sécurité », de sa phase 1 à sa phase 3.
 
Un autre article, sur la Crise, abordera le déroulement le plus habituel des différentes phases de tels Plans : 1) « isolement », 2) « regroupement » et 3) « évacuation ». Il faut cependant noter que les circonstances peuvent conduire à passer directement à la phase 3 si les conditions l’exigent et le permettent.
 
Un dernier article sur l’Après-crise fera le tour des principales questions qui se posent une fois l’évacuation terminée.
 
L’AVANT-CRISE
 
C’est avant la crise qu’il faut se préparer à y faire face dans les meilleures conditions. Lapalissade ? Pas sûr ! Ce que cela signifie concrètement ? C’est ce que nous allons tenter de voir.
 
Tout « Plan de sécurité » mené à son terme comporte généralement trois phases, l’une de « veille » pendant laquelle chacun est prié de resté chez soi, l’autre de regroupement total ou partiel, la dernière étant celle de l’évacuation. Pour que celles-ci se déroulent au mieux, il est clair qu’il convient que, tant notre administration nationale et locale que nos compatriotes se préparent au bon déroulement de ces diverses phases.
 
C’est la période pendant laquelle il convient de préparer les dispositifs de crise. Ils sont de plusieurs ordres examinés ci-après.
 
1.     ROLE DE L’ADMINISTRATION
 
Qui dit évacuation dit : mise en place de moyens sécurisés d’évacuation ; regroupement de personnes en un ou plusieurs lieux et pour un temps plus ou moins long – généralement de quelques heures à quelques jours, mais parfois plus - ; acheminement ou convoyage de ces personnes, voire recherche des isolés (parce que peu nombreux ou parce qu’encerclés ou enclavés dans des zones difficiles…) ; alimentation, couchage, soins éventuels… C’est évidemment à l’Administration qu’il appartient de concevoir et d’actualiser très régulièrement un tel dispositif, appelé « Plan de sécurité ».
11. La localisation des compatriotes
 
Elle devient évidemment vitale dès lors que la crise s’amorce. Et pourtant... tout allant bien et au motif de ne pas laisser à entendre que quelque chose n'irait pas si bien que cela, les indications recueillies lors de l’enregistrement ne sont quasiment jamais ultérieurement mises à jour : les adresses changent souvent, la taille des familles parfois, les moyens de liaison par télécommunication aussi, etc.
 
C’est quand tout va bien que - et je suggère que cela soit fait une fois par an – par un courrier, par un message, par un affichage, par une circulaire diffusée dans les écoles et par les associations... il faudrait demander à chacun de venir mettre à jour les informations dont dispose le consulat.
 
Le moyen idéal serait que chaque compatriote enregistré reçoive directement, par Internet ou par courrier, une copie des informations le concernant connues du consulat, à charge pour lui de retourner ce document validé ou actualisé.
 
12. La prévention
 
C’est également quand tout va bien qu’il faut donner tous les conseils appropriés sur la conduite à tenir en cas de difficulté, sur les petits stocks à constituer (eau, piles, médicaments essentiels, aliments de base, conserves...) et, pour certains pays, sur ce qu’il convient de faire pour tenter de prévenir les éventuels vols ou agressions.
 
C’est à l’enregistrement qu’il faut conviendrait de distribuer une note ou un petit dossier bien fait sur ces questions.
 
13. Le plan de sécurité
 
Généralement confié au Consul général bénéficiant du concours de l’Attaché militaire (ou de défense) de l’ambassade, un tel Plan s’appuie sur : (i) l’identification d’un ou plusieurs lieux d’évacuation et, auparavant, de regroupement - tous ces lieux devant pouvoir être rapidement dotés de moyens de communication, de vie et de survie, voire de défense ; (ii) le découpage de la circonscription et/ou de la ville en zones et « îlots » ; (iii) la désignation de responsables « sécurité » pour chacune de ces zones et chacun de ces îlots ; (iv) le repérage aussi précis que possible des populations susceptibles d’être concernées (nombre, nationalités, sexes, âges, lieux de travail, domiciles exacts et voies d’accès, téléphones, télécopies, adresses électroniques…) ; (v) l’identification de nombreux moyens matériels nécessaires pour de telles opérations de regroupement et d’évacuation terrestre, maritime, ferroviaire, fluviale et/ou aérienne.
 
Nous sommes évidemment concernés par un tel Plan ! Sans nécessairement en connaître tous les détails – et ce pour des raisons de sécurité bien compréhensibles –, nous devons pouvoir, par nos représentants auprès de l’Administration (membres des Bureaux de nos associations, élus de l’AFE…), nous assurer de son existence et de sa pertinence.
 
Sa conception globale est souvent bonne. Cependant… d’une part, certaines hypothèses y sont rarement envisagées telles que celles d’un « embrasement soudain » supposant le passage direct de la phase 0, ou 1 en phase 3, d’un cataclysme naturel ou d’un regroupement sans évacuation qui n’en finit pas - cas connu il y a quelques années à l’école Charlemagne de Pointe-Noire ! ; d’autre part, son actualisation et sa « vulgarisation » font encore trop souvent défaut : non seulement des compatriotes ne connaissent par leur îlotier – qui entre-temps peut être parti sans avoir été renouvelé -, mais ils ignorent souvent tout des conduites à tenir dans telle ou telle circonstance ; quand ce ne sont pas les informations tout simplement topographiques détenues par les services qui devraient en connaître qui ne sont pas à jour…
 
Le Comité consulaire de sécurité est indispensable. Il devrait se réunir au moins deux fois par an et vérifier l’ensemble du plan et des informations relatives aux îlotiers et aux compatriotes et étrangers, nécessaires pour une éventuelle évacuation. Les deux associations représentatives des Français à l’étranger, reconnues d’utilité publique, ADFE-Français du Monde et UFE doivent en faire partie.
 
La vérification du plan doit bien sûr comporter un test des moyens de communication, une vérification des chargeurs et des piles ou accus, ainsi que des volumes d’eau, de médicaments et de nourriture disponibles ou rapidement mobilisables.
 
Les attachés militaires des ambassades doivent recevoir pour mission l’actualisation permanente des cartes et photographies aériennes dont ils disposent, tant pour le pays où ils servent que pour toutes les zones frontalières avec l’ensemble des pays voisins.
 
Nous devons pouvoir, le cas échéant, y apporter nos compétences et notre connaissance du pays - je vois encore nos parachutistes pré-positionnés dans un pays voisin du Togo, d'où je venais par voie terrestre se demander sans pouvoir y répondre si tel ou tel passage à la frontière comportait toujours un bac ou un pont ! -, de la ville, de notre quartier, des ressources de nos entreprises pouvant éventuellement être mobilisées, de nos compatriotes…
 
Nous devons pouvoir nous porter candidats pour les fonctions bénévoles de chef de zone ou d’îlot, ou discuter de tel ou tel choix déjà opéré - je vois encore des compatriotes chercher vainement à joindre leur « îlotier », déjà parti de lui-même aux premiers signes annonciateurs de crise !
 
Nous devons pourvoir nous inquiéter de la qualité des moyens de transmission disponibles pour relier l’éventuelle cellule de crise locale aux chefs de zone et îlotiers et de leur caractère opérationnel. Nous devons pouvoir demander des tests réguliers de ces moyens.
 
Nos « représentants » au Comité consulaire de sécurité qu’il convient de mettre en place dans chaque consulat doivent pouvoir vérifier la qualité des fiches établies concernant chaque famille et, le cas échéant, demander et obtenir qu’une note fasse l’objet d’une diffusion générale afin de vérifier, corriger, compléter… les informations disponibles dans le cadre du Plan de sécurité.
 
Nous devons pouvoir, chacun pour ce qui le concerne, accéder à notre fiche pour y mettre à jour ces informations - j’ai pu moi-même observer que 15 % des électeurs d’une liste électorale y figuraient à l’adresse de l’hôtel où ils avaient passé quelques semaines à leur arrivée mais où ils ne logeaient plus depuis longtemps ! L’argument souvent entendu qu’il appartient à chacun de veiller à ce que les informations le concernant soient à jour n’est pas totalement faux bien sûr, mais il est tout simplement inopérant et n’enlève rien à la responsabilité morale et technique d’un Consulat ou d’un Comité de sécurité concernant la qualité de son Plan de sécurité.
 
Nous devons pouvoir, toujours par nos représentants, nous inquiéter de la quantité et de la qualité des moyens de vie et de survie disponibles : eau, nourriture, médicaments, etc.
 
Ceci dit et fait, l’Administration n’a aucunement l’exclusivité des mesures préventives à prendre ou mettre en place. Chacun d’entre-nous, outre son rôle éventuel dans le cadre du Plan lui-même, doit, pour lui et sa famille au moins, agir de sa propre initiative et bien avant l’apparition du moindre signe de crise.
 
14. La cellule de veille
 
Chargée à Paris de la prévention - dans la mesure du possible -, et du suivi des crises, il est aujourd’hui évident que cette cellule devrait, au moins deux fois par an, s’assurer de l’actualisation régulière des plans de sécurité et de la convocation tout aussi régulière des Commissions consulaires de sécurité de chaque poste consulaire.
 
2.     ROLE DE CHACUN DE NOUS
 
Dans cette période, « hors toute crise », chacun de nous a une triple responsabilité : (i) celle de faciliter sa propre vie en « phase 1 » du Plan de sécurité si celui-ci est déclenché, phase pendant laquelle il est demandé de rester chez soi ; (ii) celle de prendre toutes dispositions qui faciliteraient sa propre vie, celle de sa famille et celle des secours qui seraient mis en œuvre au cours d’éventuelles phases 2 puis 3 conduisant d’abord à un regroupement sur des sites sélectionnés, puis à une évacuation ; et enfin, (iii) celle de prendre d’ores et déjà toutes dispositions susceptibles de faciliter sa vie et celle de sa famille après l’évacuation proprement dite. Quelques conseils sont donnés dans ce sens ci-après. Ils ne prétendent pas à l’exhaustivité.
 
·        Pour faciliter sa vie en phase 1, celle de l’isolement
 
L’objectif est de vivre convenablement, de quelques jours à quelques semaines, en quasi-autarcie, dès lors que, par un moyen ou un autre (instruction transmise par l’îlotier, par message distribué à l’école, par radio…), consigne a été donnée de demeurer chez soi.
 
Il faut pour cela principalement disposer – et cela peut s’organiser dès l’arrivée dans le pays à condition de vérifier régulièrement les éventuelles dates de péremption – de boissons et de nourriture, de médicaments, de quoi occuper et distraire les enfants, de moyens de communication pouvant fonctionner de manière autonome, de moyens de se chauffer, de s’éclairer, de faire cuire les repas.
 
Pour la nourriture et les boissons, un stock permanent en produits frais pour quelques jours et en conserves de natures diverses, pour des repas équilibrés et pour un mois est recommandé. On n’oubliera pas un stock adéquat de lait pour les enfants, petits et plus grands. Et une très grande réserve d’eau minérale.
Pour les médicaments, il faut un peu de tout (voir un médecin) et des stocks spécifiques adaptés à la famille. Prévoir également de quoi rendre de l’eau ordinaire ou de pluie, buvable. Ainsi qu’un minimum de petit matériel chirurgical. Si certains portent des verres correcteurs, il n’est évidemment pas inutile de disposer d’une deuxième paire en réserve, notamment pour les enfants. Idem pour tout appareillage.
 
Pour la distraction des enfants, un stock de cassettes vidéos et musicales, de livres adaptés à leur âge, des jeux de société… sont les bienvenus.
 
Pour les moyens de communication autonomes, il faut à tout le moins un bon stock de piles pour les différents appareils et une radio fonctionnant sur piles pour, le cas échéant, en cas de coupure de courant et de liaisons téléphoniques, recevoir des messages et instructions via RFI par exemple.
 
Pour le chauffage, l’éclairage, la cuisson, il convient de prévenir toute rupture de l’approvisionnement habituel et donc de constituer un stock – toujours pour un mois -, en bonbonnes de gaz, lampes de poche, bougies et piles, bois et/ou charbon de bois.
 
·        Pour faciliter sa vie en phase 2, celle du regroupement
 
L’objectif est ici de rendre votre « regroupement » le plus facile possible,
 
La première chose à faire est d’informer immédiatement le Consulat de tout changement dans la composition de la famille – y lors compris de la visite pour un mois de la grand-mère -, le lieu de travail de l’un et/ou l’autre des conjoints, le lieu de résidence, les voies d’accès ou les numéros de téléphone… Attention, un plan d’accès - généralement demandé lors de la constitution d’un Plan de sécurité - fait de tête comporte souvent des erreurs. Il faut donc le préparer en effectuant le parcours soi-même, depuis un lieu parfaitement identifiable par tous, y compris des militaires qui ne connaissent par nécessairement le pays.
 
La seconde est de connaître son îlotier et de s’associer à une éventuelle « chaîne de communication » que celui doit constituer, chacun des membres de la chaîne devant, le cas échéant, contribuer à faire passer telle ou telle consigne à d’autres, puis en rendre compte. Il faut - et il suffit pour cela - demander cette information au Consulat. S’il ne peut pas vous la donner c’est que le Plan n’est pas à jour. Il faut alors alerter vos représentants, membres des bureaux des associations, élus à l’AFE… qui prendront les dispositions nécessaires.
 
La troisième, si cela vous est possible, est de signaler à votre îlotier les moyens que vous-même ou votre entreprise pouvez, le cas échéant, mettre à la disposition du « Plan sécurité » : camions, citernes, piscine (= réserve d’eau), bâches, etc.
 
¨     Pour faciliter sa vie en phase 3, celle de l’évacuation
 
L’objectif est cette fois de faciliter au maximum votre évacuation, qu’elle s’effectue directement vers la France ou qu’elle comporte une étape intermédiaire dans un pays voisin. Cela suppose au moins trois précautions.
 
La première est, le moment venu, de n’être encombré que du minimum d’affaires. Les moyens de transport notamment aériens n’ont pas des capacités illimitées. Il faut donc que chacun s’efforce de voyager léger pour permettre au plus grand nombre d’être évacué le plus rapidement possible. Il faut y penser avant la crise et établir une liste, aussi courte que possible, des bagages que l’on emportera en cas de déclenchement des phases 2 et 3 et donc de regroupement puis d’évacuation, en pensant à ne s’encombrer de rien qui pourrait gêner une telle opération ou l’évacuation elle-même, mais de tout ce qui les facilitera (ex. : sacs de couchage, trousse médicale d’urgence, téléphone cellulaire, etc.).
 
La seconde est de pouvoir disposer d’un minimum de moyens financiers en liquide et par carte bancaire, qui pourront être nécessaires pendant l’évacuation qui, rappelons-le, peut très bien ne pas s’effectuer directement mais peut inclure une étape transitoire dans un pays voisin.
 
La troisième est d’établir un relevé des références des pièces d’identité et cartes diverses (banques, sécurité sociale, mutuelle, permis de conduire…) de toute la famille, et d’envoyer ce relevé à un parent hors du pays. Cela pourra être très précieux lorsqu’il conviendra d’obtenir de nouvelles pièces. L’évacuation pouvant avoir lieu pratiquement sans préavis, il peut en effet arriver que vous soyez démunis de tous ces documents au moment de l’évacuation.
 
Demain, j'aborderai les questions de sécurité pendant la crise.
 
Bien à vous. 
 

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